Le taux de fréquence compte les accidents du travail avec arrêt par million d'heures travaillées ; le taux de gravité compte les journées perdues par millier d'heures travaillées. Ce sont les deux indicateurs de sécurité les plus suivis. Utiles pour se comparer, ils deviennent trompeurs dès qu'on en fait des objectifs.
Pour calculer vos taux et les comparer au repère de votre secteur, utilisez notre outil gratuit : calculateur de taux de fréquence et de taux de gravité.
Le taux de fréquence figure dans presque tous les tableaux de bord sécurité, souvent à côté du taux de gravité. On le présente en comité de direction, on le compare d'une année sur l'autre, parfois on y attache une prime. Pourtant, un bon taux ne dit pas si votre organisation maîtrise ses risques, et un taux qui baisse peut simplement signifier que l'on déclare moins. Cet article vous donne les formules, un exemple de calcul du taux de fréquence et du taux de gravité, la différence avec l'indice de fréquence publié par l'Assurance Maladie, puis les limites de ces taux et les indicateurs à suivre en complément pour piloter réellement la prévention.
Le taux de fréquence (TF) rapporte le nombre d'accidents du travail avec arrêt au nombre d'heures travaillées, ramené à un million d'heures :
TF = nombre d'accidents du travail avec arrêt × 1 000 000 / nombre d'heures travaillées
Le choix des heures, plutôt que des effectifs, permet de comparer des entreprises dont les temps de travail diffèrent : temps partiel, heures supplémentaires, intérim. Pensez à inclure les heures réellement travaillées par toutes les personnes dont les accidents sont comptés, sans quoi le taux est faussé.
Exemple fictif : une entreprise de 250 salariés, à 1 607 heures par an chacun, totalise 401 750 heures travaillées. Elle a enregistré 6 accidents avec arrêt dans l'année.
TF = 6 × 1 000 000 / 401 750 = 14,9.
Autrement dit, l'entreprise a connu environ 15 accidents avec arrêt pour un million d'heures travaillées.
Le taux de gravité (TG) mesure non plus le nombre d'accidents, mais le poids des arrêts qu'ils entraînent :
TG = nombre de journées perdues par incapacité temporaire × 1 000 / nombre d'heures travaillées
Exemple fictif, suite : les 6 accidents ont entraîné 180 jours d'arrêt au total. Sur les mêmes 401 750 heures, TG = 180 × 1 000 / 401 750 = 0,45.
Lus ensemble, les deux taux racontent une histoire : un TF élevé avec un TG faible signale beaucoup d'accidents légers ; un TF faible avec un TG élevé, peu d'accidents mais graves. Le second cas mérite souvent plus d'attention que le premier.
Le TF1 compte les accidents avec arrêt. Le TF2 ajoute les accidents sans arrêt. Le TF2 donne une image plus complète de ce qui se passe réellement sur le terrain, à condition que les accidents bénins soient réellement déclarés. Un écart très faible entre TF1 et TF2 mérite d'ailleurs une question : les accidents sans arrêt sont-ils vraiment tous déclarés ?
L'Assurance Maladie publie un indice de fréquence : le nombre d'accidents du travail pour 1 000 salariés. Il était de 26,4 en 2024 pour l'ensemble des salariés du régime général (Assurance Maladie, rapport annuel 2024 risques professionnels).
Attention à ne pas le comparer directement à votre taux de fréquence : l'un se rapporte aux salariés, l'autre aux heures. Dans l'exemple fictif ci-dessus, rapporter les 6 accidents aux 250 salariés donne 24 pour 1 000, un chiffre du même ordre que l'indice national, alors que le TF est de 14,9. Pour vous situer dans votre secteur, l'Assurance Maladie publie aussi des statistiques par comité technique national et par code d'activité.
Le taux de fréquence ne se confond pas non plus avec votre taux de cotisation AT/MP, qui est un taux de cotisation et non un indicateur de pilotage. Comprendre le taux AT/MP, où le trouver et comment il se calcule.
Exemple fictif : un site de 40 salariés à 1 607 heures totalise 64 280 heures par an. Avec un accident avec arrêt, son TF est de 15,6 ; avec deux, il passe à 31,1. Le taux a doublé, mais rien ne dit que le site est devenu deux fois plus dangereux. À cette échelle, regardez plutôt les accidents un par un, et leur analyse.
Le taux de fréquence reste un bon indicateur de résultat, à condition de le lire sur plusieurs années et de le croiser avec d'autres. Il devient dangereux quand il est le seul chiffre regardé en comité de direction.
Ces indicateurs ont un point commun : ils mesurent ce que l'organisation fait, et non ce qui lui arrive. Ce sont eux qui signalent une dérive, bien avant qu'elle n'apparaisse dans le taux de fréquence.
À retenir : le taux de fréquence et le taux de gravité disent combien d'accidents vous avez eus et ce qu'ils ont pesé. Ils ne disent pas pourquoi, ni ce qui va arriver. Suivez-les, mais pilotez avec les indicateurs d'action.
Nombre d'accidents avec arrêt × 1 000 000, divisé par le nombre d'heures travaillées.
Nombre de journées perdues × 1 000, divisé par le nombre d'heures travaillées.
L'indicateur national publié est l'indice de fréquence : 26,4 accidents du travail pour 1 000 salariés en 2024. Les moyennes varient fortement selon les secteurs.
Le TF1 compte les accidents avec arrêt. Le TF2 ajoute les accidents sans arrêt. Le TF2 donne une image plus complète, à condition que les accidents bénins soient réellement déclarés.
Mieux vaut fixer des objectifs d'action, comme les presque-accidents traités ou les mesures réalisées. Un objectif de taux, surtout lié à une prime, pousse à moins déclarer.
Le taux de fréquence rapporte les accidents avec arrêt au million d'heures travaillées, le taux de gravité rapporte les journées perdues au millier d'heures. Calculez-les correctement, ne les confondez pas avec l'indice de fréquence national, et lisez-les ensemble et dans la durée. Mais ne pilotez pas la sécurité avec eux seuls : ce qui fait baisser durablement les accidents se mesure dans les actions réalisées et la présence de l'encadrement sur le terrain.
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Rédigé par Guillaume Comte, cofondateur de COBEL®. Mis à jour le 1er octobre 2026.
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