Le document unique d'évaluation des risques professionnels (DUERP) recense, unité de travail par unité de travail, les risques auxquels vos salariés sont exposés et les actions prévues pour les réduire. Il est obligatoire dès le premier salarié, et doit être mis à jour au moins une fois par an à partir de 11 salariés.
Vous avez un document unique, mais vous ne savez plus très bien ce qu'il contient, ni s'il est à jour. Il a peut-être été rédigé par un prestataire il y a quelques années, puis recopié d'une année sur l'autre. Vous n'êtes pas seul : dans beaucoup d'entreprises, le DUERP est vécu comme une formalité administrative. C'est dommage, et c'est risqué. Bien fait, il devient votre outil de pilotage de la prévention ; mal tenu, il ne protège ni vos salariés, ni votre responsabilité d'employeur. Ce guide vous donne la méthode pour faire votre évaluation des risques professionnels en 6 étapes, un exemple commenté, les règles de mise à jour du DUERP, ce qu'a changé la loi de 2021, et les erreurs qui rendent le document inutile.
Le document unique est l'écrit dans lequel l'employeur transcrit les résultats de son évaluation des risques pour la santé et la sécurité des travailleurs (article R4121-1 du Code du travail). Il ne se limite pas à une liste de dangers : il doit relier chaque risque à une situation de travail réelle et aux mesures de prévention décidées. Aucune forme n'est imposée. Un tableur, un logiciel ou un document papier conviennent, pourvu que l'évaluation soit réelle, complète et datée. Ce qui compte, c'est ce qu'il permet de décider.
Oui, le DUERP est obligatoire dès l'embauche du premier salarié, quels que soient le secteur et la taille de l'entreprise. L'employeur en est responsable. Il ne le rédige pas seul pour autant : il s'appuie sur ceux qui connaissent le travail, c'est-à-dire les managers de proximité, les salariés eux-mêmes, le CSE, le service de prévention et de santé au travail et, s'il l'a désigné, le salarié compétent en prévention. Il peut se faire aider par un intervenant extérieur ; la responsabilité, elle, ne se délègue pas.
Une unité de travail regroupe des situations homogènes : un atelier, un métier, une activité, un chantier type. Ce n'est pas l'organigramme. Un même service peut compter plusieurs unités si les expositions diffèrent (le magasinier et le cariste d'un même entrepôt, par exemple). Trop peu d'unités, et l'évaluation reste générale ; trop, et elle devient ingérable. Pour une PME, une dizaine d'unités suffit souvent.
Pour chaque unité, recensez ce qui peut causer un dommage : chutes, machines, circulation, produits chimiques, manutentions, bruit, travail sur écran, déplacements. N'oubliez pas les risques liés à l'organisation : charge de travail, horaires, isolement, relations tendues. Cette étape se fait sur place, avec ceux qui font le travail. Ils connaissent les écarts entre la procédure et la réalité, et les « petits » incidents que personne n'a déclarés.
La loi n'impose pas de méthode de cotation. La plus répandue croise deux critères : la gravité possible du dommage et la fréquence ou la durée d'exposition, chacun noté sur une échelle de 1 à 4. Tenez compte des mesures déjà en place : un risque grave bien maîtrisé peut passer derrière un risque moyen qui ne l'est pas. L'essentiel est d'appliquer la même grille partout, pour pouvoir comparer.
Classez les risques pour traiter d'abord ce qui peut tuer ou mutiler, puis ce qui touche le plus de personnes, puis ce qui dure le plus longtemps. Une liste de cent risques traités au même niveau ne permet aucune décision. Trois à cinq priorités par an, réellement conduites, font davantage progresser la prévention qu'un plan exhaustif jamais réalisé.
Dans les entreprises d'au moins 50 salariés, l'évaluation débouche sur un programme annuel de prévention des risques professionnels et d'amélioration des conditions de travail (PAPRIPACT) ; en dessous, sur une liste d'actions de prévention (article L4121-3-1). Chaque action a un responsable, un délai, un budget et un indicateur de résultat. Privilégiez les actions qui suppriment ou réduisent le risque à la source, avant les protections individuelles et les consignes.
Le document est tenu à la disposition des salariés, du CSE, du médecin du travail et de l'inspection du travail (article R4121-4). Datez chaque version : depuis 2021, les versions successives doivent être conservées au moins 40 ans. Présentez-le aux équipes : un DUERP que personne n'a lu ne change rien au travail.
Exemple fictif, pour illustrer le niveau de précision attendu :
| Unité de travail | Situation | Risque | Cotation | Mesures en place | Action décidée |
|---|---|---|---|---|---|
| Conditionnement, fin de ligne | Palettisation manuelle de cartons de 12 kg, 400 par poste | Troubles musculosquelettiques du dos et des épaules | Gravité 3 × fréquence 4 = 12 | Rotation de poste toutes les deux heures | Table élévatrice en fin de ligne, responsable production, avant le 31 mars, 8 000 € budgétés |
Ce qui rend la ligne utile : une situation précise (pas « manutention »), une cotation argumentée, et une action datée, chiffrée, confiée à quelqu'un.
L'article R4121-2 du Code du travail fixe trois déclencheurs :
Une mise à jour utile part de ce qui s'est passé depuis la dernière version : les accidents et les presque-accidents, les arrêts, les changements d'organisation, et l'état réel des actions de l'an dernier. Si la nouvelle version ressemble mot pour mot à l'ancienne, c'est qu'elle n'a pas été faite.
L'absence de DUERP, ou le défaut de mise à jour, est puni de l'amende prévue pour les contraventions de 5e classe (article R4741-1). Le risque principal est ailleurs. En cas d'accident grave, l'inspection du travail et le juge regardent si l'employeur avait identifié le risque et ce qu'il avait décidé. Un document absent, ancien ou générique pèse alors lourd dans l'appréciation de son obligation de sécurité.
La plupart des DUERP décrivent bien les risques physiques et chimiques, et mal ceux qui naissent de l'organisation : les arbitrages permanents entre délai et sécurité, les décisions qui changent, les managers débordés. Ce sont pourtant eux qui produisent les arrêts longs, les départs et une partie des accidents. Le document unique dit où sont les dangers ; il ne dit pas pourquoi les mesures décidées ne tiennent pas. Voir ce que coûte réellement un accident du travail.
À retenir : un DUERP utile est court, précis et vivant. Peu de priorités, des situations réelles, des actions suivies, une mise à jour qui part des événements de l'année.
Oui, dès le premier salarié. En dessous de 11 salariés, la mise à jour annuelle systématique n'est pas imposée ; les mises à jour après un aménagement important ou une information nouvelle restent obligatoires.
Au moins chaque année à partir de 11 salariés, et, quelle que soit la taille, à chaque aménagement important ou dès qu'une information nouvelle sur un risque est connue.
Au moins 40 ans, pour chacune de ses versions successives.
Aucun modèle n'est imposé. L'INRS propose des outils d'évaluation en ligne par secteur (OiRA), utiles pour démarrer dans une petite entreprise. Un modèle aide à structurer ; il ne remplace pas l'évaluation sur le terrain.
Les salariés, le CSE, le médecin du travail et les acteurs de la prévention, ainsi que l'inspection du travail et les agents de la Carsat.
Le document unique d'évaluation des risques n'est pas un dossier à remplir une fois par an : c'est la photographie de vos risques et la feuille de route de votre prévention. Découpez en unités de travail, évaluez sur le terrain avec les équipes, priorisez, décidez des actions suivies, et mettez-le à jour à partir de ce qui s'est réellement passé. Si votre DUERP est à jour mais que les mêmes accidents reviennent, la question n'est plus documentaire : elle est dans la façon dont la sécurité est portée par l'encadrement.
Selon où vous en êtes, trois façons d'avancer :
Si vous comparez des outils : ce qu'un logiciel DUERP doit vous dire de vos moyens de maîtrise.
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Rédigé par Guillaume Comte, cofondateur de COBEL®. Mis à jour le 22 septembre 2026.
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