Le coût réel d’un accident du travail

Un accident du travail coûte à l’employeur bien plus que sa cotisation AT/MP. La cotisation couvre les frais médicaux, les indemnités et les rentes versés par l’Assurance Maladie. Elle ne dit rien du temps perdu autour de l’accident : secours, enquête, remplacement, désorganisation. En 2026, un arrêt de 16 à 45 jours est imputé 1 779 € au compte d’une entreprise de la métallurgie (arrêté du 30 décembre 2025). Ce n’est que la partie visible.

Qui paie un accident du travail ?

La branche accidents du travail et maladies professionnelles de la Sécurité sociale indemnise le salarié. Elle est financée à 100 % par les cotisations des employeurs (Assurance Maladie, tarification AT/MP). Autrement dit, c’est l’employeur qui paie, en deux fois :

  • par sa cotisation, qui augmente avec sa propre sinistralité dès que l’entreprise est en tarification mixte ou individuelle ;
  • par ses coûts internes, qu’aucun organisme ne rembourse.

Ce que la cotisation montre : les coûts directs

Chaque accident reconnu est imputé au compte de l’établissement selon un barème de coûts moyens, fixé chaque année par arrêté et différent pour chaque secteur (comité technique national). Exemple, métallurgie (CTN A), barème 2026 :

Durée de l’arrêt Coût moyen imputé
Sans arrêt ou moins de 4 jours 290 €
4 à 15 jours 526 €
16 à 45 jours 1 779 €
46 à 90 jours 4 877 €
91 à 150 jours 9 105 €
Plus de 150 jours 40 378 €
Incapacité permanente de 10 à 19 % 69 840 €

Source : arrêté du 30 décembre 2025 relatif à la tarification des risques AT/MP pour l’année 2026, annexe 2. Le taux net moyen national de cotisation y est fixé à 2,08 %.

Point souvent oublié : le taux se calcule sur la sinistralité des trois dernières années connues. Un accident d’aujourd’hui pèse donc sur la cotisation pendant plusieurs années. Et une baisse des accidents met le même temps à se voir dans le taux.

Ce que la cotisation ne montre pas : les coûts indirects

Autour d’un accident, l’entreprise paie elle-même, sans jamais le voir sur une facture :

  • le temps des collègues qui secourent, attendent, accompagnent ;
  • le temps de l’encadrement : déclaration, enquête, arbre des causes, visite de reprise ;
  • le remplacement : intérim, heures supplémentaires, formation du remplaçant ;
  • la production perdue, les retards de livraison, le matériel endommagé ;
  • le climat de l’équipe, qui se dégrade après chaque accident grave.

Combien pèsent les coûts indirects ? Le débat, sans filtre

La plupart des sites affichent un ratio unique, souvent « quatre fois les coûts directs ». La littérature ne dit pas cela. La revue de l’IRSST, qui a recensé 40 études, montre des écarts considérables :

  • Heinrich (1931) : 4 € de coûts indirects pour 1 € de coûts directs, sur des accidents sans perte de temps et sans analyse de variance ;
  • Brody et coll. (1990) : 0,83 en moyenne, sur 311 accidents avec arrêt dans 151 établissements ;
  • Dorman (2000) : de 1 à 20, précisément pour dire qu’aucun ratio universel n’existe.

Source : Lebeau M., Duguay P., Les coûts des lésions professionnelles : une revue de littérature, IRSST, rapport R-676, 2011.

La seule réponse honnête : le ratio se mesure chez vous. C’est pourquoi notre calculateur ne vous impose aucun coefficient. Il vous montre les trois repères et vous laisse placer le curseur.

Comment calculer le coût d’un accident du travail chez vous

  1. Coût direct : masse salariale × taux AT/MP net. Votre taux figure sur la notification annuelle de la CARSAT, accessible sur net-entreprises.fr.
  2. Coût indirect : coût direct × le coefficient que vous retenez, entre 0,83 et 4 selon la littérature, à affiner avec vos propres mesures.
  3. Coût global : la somme des deux. C’est lui qu’il faut comparer au coût d’une démarche de prévention.

Faire le calcul avec vos chiffres →

Ce qui fait baisser le coût, durablement

Les accidents qui reviennent ne sont pas un problème de consignes. Ce sont les symptômes d’une organisation qui compense : décisions qui ne tiennent pas, managers débordés, règles empilées. Le même problème se paie aussi en arrêts et en départs. Voir les trois factures.

Ce qui change la trajectoire, c’est un niveau de maturité de plus : des décisions qui tiennent sur le terrain, et une prévention portée par l’encadrement plutôt que par le seul service HSE.

Questions fréquentes

Qui paie les frais lors d’un accident du travail ?

La Sécurité sociale indemnise le salarié. Mais sa branche AT/MP est financée à 100 % par les cotisations des employeurs, et la cotisation de chaque entreprise augmente avec sa sinistralité, sauf pour les petites entreprises en tarification collective. Les coûts indirects restent entièrement à la charge de l’employeur.

Quel est le coût moyen d’un accident du travail en 2026 ?

Il n’existe pas de coût moyen unique. Le barème dépend du secteur et de la durée de l’arrêt. Dans la métallurgie, il va de 290 € pour un arrêt de moins de 4 jours à 40 378 € au-delà de 150 jours (arrêté du 30 décembre 2025). Il faut y ajouter les coûts indirects.

Qui paye l’accident du travail, l’employeur ou la Sécu ?

Les deux, mais au bout du compte l’employeur. La Sécurité sociale verse les prestations, puis les répercute sur les cotisations des entreprises. L’employeur supporte en plus tous les coûts internes.

Quel est le coût d’un arrêt de travail pour un employeur ?

Le coût moyen imputé à son compte selon la durée de l’arrêt, le maintien de salaire éventuellement prévu par la convention collective, et le coût de la désorganisation : remplacement, heures supplémentaires, production perdue.

Mis à jour le 21 septembre 2026 par Guillaume Comte, COBEL®.